Quand Gandhi forge, en 1908, pour les besoins de sa cause, le mot-valise satyâgraha, formé de satya, vérité, et de agraha, force, étreinte en langue hindie, il ne sait pas que cette notion simple et révolutionnaire de « force-de-la-vérité » sera le plus souvent traduite par une négation : la non-violence.

Que traduit pareillement, dans nos esprits, l’étiquette de « non-fiction » ? La vaste, foisonnante et poignante variété de textes qui, pour n’être pas des romans ni des poèmes, sont pourtant romanesques et poétiques. Enquêtes, reportages, réflexions, récits circonstanciés, autobiographies sont bel et bien des inventions, mais au sens que donnent à ce mot les juristes et les archéologues. Il s’agit de mettre au jour ce qui était enfoui, d’extraire de l’ombre et de l’oubli ce qui nous éclairera, nous avertira, nous fera tomber les écailles des yeux, nous fera mieux comprendre qui nous sommes et ce que nous faisons là, dans ce monde si peuplé de semblables, d’inconnus, d’étranges étrangers, de frères.

La non-fiction, c’est l’autre force de la vérité, celle qu’imprime aux faits singuliers, aux histoires rapportées, aux liens établis entre nous et les autres, le style de chacun des auteurs de notre maison, depuis 2013 : Alysia Abbott, Ted Conover, Shulem Deen, Carl Hoffman, William Giraldi, David Grann, Mark Sundeen, J.D. Vance, Sudhir Venkatesh, Jesmyn Ward…  Et bien d’autres.

Valentine Gay